« LA TOURHISTOIRE », ouvrage collectif sous la direction du Pr. Roger Bernard ONOMO ETABA

Livre TOURHISTOIREL’histoire est la science qui, sur la base des sources orales ; des sources écrites ; des sources archéologiques ; des sources iconographiques ; des sources audio-visuelles, et autres, permet d’appréhender le passé, d’interpréter le présent et de projeter le futur.

Appréhender le passé c’est le saisir, capter son sens, le comprendre. Interpréter le présent c’est l’expliquer, l’analyser et aussi le commenter. Projeter le futur, c’est formuler des hypothèses d’avenir, se construire une idée de ce qui pourrait arriver1.

Si l’historien peut se prononcer, sans hésitation et sur la base des sources disponibles, sur les deux premiers temps (passé et présent), pour ce qui est du troisième (le futur), il ne peut que l’envisager, l’imaginer, le projeter ou le décliner en hypothèses ou cas de figures ; pour la seule et simple raison que l’histoire n’est pas fiction, l’histoire est exactitude. C’est pour cette raison que l’histoire ne se trompe jamais ; seuls les historiens ou les acteurs (témoins) se trompent, par ignorance ou par omission. Et la vérité de l’histoire n’est pas toujours ou forcement celle de l’historien.

Par cette définition, l’histoire sort définitivement du cadrage documentaro-temporel qui lui a été imposé par certains chercheurs et auteurs et qui la réduisaient, sur le plan temporel, au passé et, sur le plan documentaire, aux sources écrites. Elle n’est donc pas la connaissance du passé basé sur les écrits. Non seulement qu’elle ne s’intéresse pas qu’au passé, mais quand bien même elle s’y intéresserait, elle peut y avoir recours à d’autres sources. Ce n’est pas parce qu’il n’y a rien d’écrit sur le passé d’un village, d’un clan, d’une ethnie ou d’une tribu que l’un ou l’autre n’a pas d’histoire ; car, à travers les sources orales, les sources iconographiques … on peut très bien accéder à leur histoire. En d’autres termes, l’écriture seule n’ouvre pas à l’histoire, de même que l’histoire ne peut se faire qu’à l’aide de l’écriture. Une image peut le faire ; une tradition orale, également, au même titre qu’un reportage, un documentaire radio ou télé, un vestige archéologique, etc.

S’il y a deux choses que l’on peut retenir de ce qui précède, c’est bien le temps et le support ou source. Ce qui laisse penser que l’histoire ne peut se faire que par rapport au temps. Tout ce qui est historique est adossé au temps. Et ce temps peut être passé, présent ou futur ; d’où la trilogie temporelle qui commande cette discipline. Cependant, il est utile de préciser que, parlant du futur, celui-ci ne peut être que projeté et non défini de manière radicale. Il est considéré comme le visage que l’historien donne à l’impact et à la portée des événements. Car, l’histoire n’est pas fiction2. C’est dire donc que, tout ce qui se fait dans le temps et dans l’espace intéresse l’histoire. Et celle-ci peut, sur la base de certaines analyses et hypothèses, envisager ou projeter ce qui peut se passer ou arriver dans le temps et dans l’espace. Il s’agit alors, comme cela, d’un très vaste champ scientifique.SAM_0860

Toujours dans le temps et dans l’espace se créent ce que nous appelons les lieux de mémoire. Ça peut, par exemple, être le lieu d’assassinat du Président américain J.F. Kennedy ; les camps de concentration Nazi en Allemagne ; la place Tian’anmen en Chine ; les lieux d’exécution et des fosses communes lors du génocide rwandais ; le lieu de refuge du maquis de l’UPC au Cameroun ; les lieux d’exécution des héros et nationalistes camerounais, etc. Ces espaces, hier encore ordinaires, sont devenus, de par la couleur des événements qu’ils portent, ou même parfois par un simple hasard événementiel ou factuel, des lieux de mémoire. Ils portent désormais une histoire, mais n’intéressent plus que les historiens. Rappelons, à toutes fins utiles, qu’un lieu de mémoire peut être gai ou triste. Qu’importe sa nature, il porte un souvenir, une histoire, une leçon, etc. et peut devenir un centre d’intérêt d’autres disciplines autre que l’histoire. Et, parlant de ces autres disciplines, le tourisme entre en scène. Le tourisme, c’est le souvenir : voilà comment il va s’intéresser, par exemple, à l’histoire.

Il est communément dit que le tourisme, c’est le voyage et le voyage c’est le souvenir. Cela sous-entend donc qu’il n’y a pas de tourisme dans la sédentarité. L’on ne peut rester cloitré chez soi, ou dans son lieu de résidence habituelle, et dire faire du tourisme. Avec le tourisme, il faut sortir ; aller vers un ailleurs qui n’est plus forcément son lieu de résidence, pour un temps ou pour une durée.

Et comme nous pouvons le constater, à l’image de l’histoire, le tourisme repose aussi sur deux facteurs : le temps et l’espace.

Le temps, dans le tourisme, renvoie à la durée du déplacement. Pour que ce temps devienne touristique, il faut qu’il soit supérieur ou égale à 24 heures. Lorsqu’il est strictement inférieur à 24 heures, il n’est plus le temps touristique. Il devient le temps de l’excursion3 ; et la personne qui l’effectue ne s’appelle plus touriste mais excursionniste.

Le touriste, d ans le facteur temps, part donc de son lieu de résidence habituelle pour 24 heures, au moins, et pour 12 mois, au plus. Une fois les 12 mois excédés, il est considéré comme résident. Cela se comprend qu’il part d’un espace E dit foyer émetteur pour un autre espace R dit foyer récepteur. Et cette mobilité entre ces deux foyers fait bel et bien intervenir le facteur espace ; au même titre que dans l’histoire. L’élément espace reste donc incontournable. On peut affirmer, comme pour le cas de l’histoire, que : pas de tourisme sans cadre spatio-temporel. Pour ainsi dire que tourisme et histoire se conjuguent tous dans le temps et dans l’espace. Et, qui plus est, la séquence se fait au passé, au présent et au futur. Car, le voyageur ou le touriste sait d’où il est parti (le passé) ; où il est (le présent) et il projette où il ira (le futur). Malgré les assurances et les précisions des organisateurs du voyage, même le futur, en tourisme, reste incertain ; il ne peut donc être que projeté. En guise d’exemple, le visiteur peut être sur le point d’aller d’un point à une autre et se trouver soit bloqué, sur place, par une grève dans les transports, au lieu émetteur, soit par une perturbation quelconque survenue au lieu d’accueil.

L’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) vient apporter certaines précisions à savoir, par exemple, que le visiteur se déplace à des fins non lucratives et surtout de loisirs. Il convient de préciser que l’approche de l’OMT vient un peu comme pour trancher le débat autour de la définition du tourisme rendue, elle-même, complexe par le caractère transversal de cette activité. Mais, en réalité, le débat reste toujours ouvert autour de cette définition.

Un auteur comme François Hoenner pense que chaque fois qu’un visiteur intègre l’un des sous-secteurs de la chaîne d’activités touristiques, il peut être compté comme touriste.

Adossée aux paradigmes temps et espace, la tourhistoire est cette nouvelle discipline qui vient établir un pont entre le tourisme et l’histoire. Elle se définit comme l’ingénierie qui commande le tourisme des sites historiques, ou lieux de mémoire, et fait l’histoire des sites touristiques. Très facilement, chaque site historique peut faire l’objet d’une visite touristique de même que chaque site touristique peut faire l’objet d’une histoire. Faire la mise en tourisme d’un lieu de mémoire, porteur d’une histoire, c’est faire de la tourhistoire ; tout comme le serait faire l’histoire d’un site touristique. Car, dans l’un ou l’autre cas, on serait dans une démarche qui impose que l’on fasse recours aux deux disciplines à savoir l’histoire et le tourisme. En clair, la tourhistoire est la discipline qui procède à la mise en tourisme des sites historiques et/ou qui fait l’histoire des sites touristiques. Elle a donc deux axes essentiels :

  • premier axe : la mise en tourisme des sites historiques ou lieux de mémoire4 ;

  • deuxième axe : l’histoire des sites touristiques5.

Le tourhistorien ou celui qui fait de la tourhistoire peut donc s’appesantir sur l’un ou l’autre axe ou alors les deux à la fois. La tourhistoire a un champ universel. On ne peut la circonscrire dans une région, dans un pays, ou dans un continent. Car, partout dans le monde, existent des lieux de mémoire. S’ils ne le sont pas déjà, comment faire pour les mettre en tourisme ? Comment en faire des sites touristiques que consommeraient les visiteurs ? Répondre à ces questions, c’est faire de la tourhistoire. Par ailleurs, le visiteur, face à un site touristique ou lieu de mémoire consommerait donc doublement l’histoire du lieu en même temps qu’il visiterait pour faire du tourisme. Autant, dans un établissement d’hébergement, il consomme une nuitée ; autant, dans un établissement de restauration, il consomme un repas, fruit d’un patrimoine culinaire et en repartirait avec le souvenir des saveurs; en même temps, il consommerait le lieu de mémoire et en repartirait riche de son histoire, avec la connaissance de ce qui s’est passé et de ce qui se passe.

Le tourhistorien n’est donc pas un touriste. Mais rien ne l’empêche de le devenir à l’occasion. Son rôle est plutôt de réfléchir et de trouver, si possible, les voies et moyens de la mise en tourisme du lieu de mémoire ou site historique qu’il visite.

Le présent ouvrage intègre les deux axes de la tourhistoire et s’intéresse à tous les espaces. L’ensemble de ses contributions rentrent dans le canevas ci-après :

  1. les thèmes relatifs à l’ingénierie de mise en tourisme (ou d’amélioration d’une mise en tourisme) des sites historiques ou lieux de mémoire ;

Exemple :

  1. la mise en tourisme de l’École Normale de Foulassi, qui a vu naître l’hymne national du Cameroun ;

  2. l’amélioration de la mise en tourisme du monument de la réunification, etc.

  1. les thèmes relatifs à l’histoire des sites touristiques en insistant sur les aspects ci-après :

– genèse ;

– évolution ;

-fonctionnement ;

-taux de fréquentation ;

-points forts ;

-points moins forts ;

-points à améliorer ;

-perspectives.

  1. Les thèmes qui combinent la mise en tourisme des sites historiques et l’histoire des sites touristiques6.

NB : chaque contribution devrait intégrer :

  • les images des lieux de mémoire ;

  • l’ingénierie de mise en tourisme ;

  • les images des sites historiques ciblés ;

  • les données statistiques sur l’évolution et la fréquentation des touristes ;

  • le cycle de vie du site, en insistant sur le niveau où se trouve le site en question.

CODE DE REDACTION

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  • Notes de bas de page

PLAN DE CHAQUE CONTRIBUTION

  • Titre de la contribution

  • Résumé de la contribution

  • Abstract de la contribution

  • Mots clés de la contribution

  • Introduction de la contribution

  • Développement de la contribution en deux ou trois parties

  • Conclusion de la contribution

  • Sources et références bibliographiques

DELAI DE SOUMISSION

Le délai de soumission des contributions est fixé au lundi, 31 octobre 2016.

PERSONNES À CONTACTER

1 Exemple : dans un régime parlementaire où la Gauche a toujours eu une majorité absolue au parlement, le Chef du Gouvernement a toujours été de Gauche et le pays toujours dirigé par la Gauche (dans le passé) ; la montée en puissance de la Droite, au Parlement, et son équilibre de force avec la Gauche fait sauter le verrou de la Gauche et appelle à un Gouvernement d’union nationale (le présent). Cet équilibre de force peut perdurer et donner toujours lieu, dans le futur, à un Gouvernement d’union nationale (hypothèse 1 dans le futur). Il peut survenir, du fait de la progression de la Droite, un basculement de forces au profit de la Droite donnant lieu à un Premier Ministre de Droite (hypothèse n° 2 dans le futur). De même, il peut arriver que la Gauche reprenne le dessus réinstaurant ainsi une majorité absolue avec un Premier Ministre de Gauche et un régime de Gauche (hypothèse n°3 dans le futur), etc.

2 A titre d’exemple : un coup d’État qui se déroule, au présent, peut échouer. Quand il réussit, il peut aboutir à la destitution du régime en place et voir ses auteurs s’imposer aux affaires. En s’y imposant, les nouveaux maîtres peuvent procéder, sur la base de certaines pressions de la communauté nationale et/ou internationale, à la mise en place d’un régime d’union nationale ou de transition. L’autre cas de figure est que les nouveaux maîtres peuvent s’imposer définitivement et mettre en place une dictature militaire. Mais alors, tant que cela ne s’est pas encore fait, l’historien ne peut se contenter que d’une simple projection d’hypothèses.

3 Il est vrai qu’en lisant un chercheur comme François Hoenner, la dépense dans le temps de l’excursion et dans le temps du tourisme est comptabilisée de la même manière dans l’industrie du tourisme. Un plat consommé dans un établissement de restauration sera évalué de la même manière pour un touriste et pour un excursionniste, au même lieu (espace )et au même moment ( temps).

4Cet axe n’est pas à confondre avec le tourisme historique. Car, celui-ci consiste tout simplement à visiter le site historique. La tourhistoire, elle, étudie l’ingénierie de mise en tourisme dudit site.

5 Il est important, ici , de signaler que chaque site touristique , digne de ce nom, a une histoire. Sa genèse, son évolution, son fonctionnement ainsi que ses perspectives sont autant de choses qui intéresseraient la tourhistoire. Vu sous cet angle, la tourhistoire est donc différente d’une simple histoire que l’on ferait dudit site. Car, le tourhistorien doit pouvoir, en tant que spécialiste, s’appuyer sur certains fondamentaux, la lexicologie, le discours du tourisme… pour pouvoir faire la tourhistoire.

6 Cette démarche est aisée lorsque le site touristique a d’abord existé comme simple lieu de mémoire ou site historique ou alors si, par la suite, par un concours de circonstance, le site touristique devient un lieu de mémoire et se convertit en site historique.

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